Sur beaucoup de terrasses neuves, la dernière lame s’arrête net sur une bande de gazon pelé, que la tondeuse n’atteint jamais vraiment et que le pied évite. Le bois est beau, le jardin aussi, mais on a l’impression de franchir une frontière en passant de l’un à l’autre. C’est souvent le dernier détail auquel on pense en concevant une terrasse, et l’un de ceux qui se remarquent le plus une fois les lames posées.
Pourquoi la limite se voit autant
Une terrasse est un objet construit, fait de lignes droites et d’angles nets. Un jardin est fait de courbes, de hauteurs variables et de matières qui bougent. Juxtaposés sans intermédiaire, les deux se heurtent. Le problème s’aggrave quand la terrasse est surélevée de quelques dizaines de centimètres : la tranche de la structure apparaît, la terre se ravine au pied, et l’on finit par poser une marche de fortune avec un parpaing.
La terrasse de plain-pied n’échappe pas au problème, elle le déplace. Posée au ras de la pelouse, elle laisse l’herbe s’infiltrer entre les premières lames, et l’eau de pluie qui ruisselle du platelage détrempe la bande de gazon qui la borde. Une simple bande de gravier d’une vingtaine de centimètres, retenue par une bordure, règle ces deux problèmes : elle bloque la progression du gazon et récupère l’eau, tout en offrant une limite nette à la tondeuse.
L’idée générale reste la même dans tous les cas : créer une zone intermédiaire qui emprunte un peu à chacun des deux mondes.
Les solutions qui adoucissent le passage
Une bordure plantée plutôt qu’une ligne de gazon
Une bande de quarante à soixante centimètres, plantée de vivaces et de graminées au pied de la terrasse, fait disparaître la tranche de la structure et donne l’impression que le bois émerge de la végétation. On choisit des plantes basses contre la terrasse, plus hautes à mesure qu’on s’en éloigne. Plus besoin de tondre au ras des lames : la tondeuse s’arrête sur la bordure.
Le choix des plantes dépend de l’exposition. Au soleil, les népétas, les lavandes et les graminées comme les pennisetums débordent souplement sur la tranche du bois. À la mi-ombre, l’alchémille, le géranium vivace à grosses racines ou l’hakonechloa forment des coussins qui se tiennent seuls. Dans les deux cas, privilégiez des plantes persistantes ou semi-persistantes pour la partie la plus proche de la terrasse, afin que la transition ne disparaisse pas de novembre à mars.
Des marches larges plutôt qu’un escalier
Pour une différence de niveau, un emmarchement sur toute la largeur de la terrasse, ou sur une bonne partie, change complètement la perception. Les marches deviennent des assises où l’on pose un verre, un pot, un coussin. Côté confort, la formule de Blondel reste la référence : deux hauteurs de marche plus un giron doivent donner entre 60 et 64 centimètres. Dehors, on privilégie des marches basses et profondes, qui invitent à descendre sans y penser.
De grands pots en sentinelles
Deux grands contenants de part et d’autre de la descente marquent le passage comme le feraient des piliers de portail. Avec un même végétal planté dans les pots et répété dans le massif juste en contrebas, l’œil fait de lui-même le lien entre les deux niveaux.
Quand il y a une différence de hauteur, le plus sûr est de dessiner sa terrasse en 3D avant de trancher, par exemple avec le configurateur Kap Designer, qui permet d’ajouter un niveau ou un escalier, d’en régler la hauteur, puis de placer pots et plantes pour juger de l’effet. On voit aussitôt si l’emmarchement écrase la façade ou si les pots encombrent la descente.
Les matériaux qui font le lien
Au-delà de la terrasse, quelques pas japonais en bois ou en pierre prolongent la circulation dans la pelouse sans créer une seconde allée. Une bordure en acier patiné, posée au ras du sol, sépare proprement massif et gazon tout en restant presque invisible. Le gravier, enfin, assure une transition propre sous une terrasse surélevée, là où rien ne pousse faute de lumière : il laisse filtrer l’eau et évite la boue.
Avant de choisir vos plantes de bordure, regardez la terrasse depuis l’intérieur de la maison, assis dans le canapé. C’est de là que vous la verrez le plus souvent, en hiver comme en été, et c’est ce point de vue qui doit guider la hauteur et la densité de la transition.
